Archive pour septembre, 2012

Kiana is So chic

26 septembre, 2012

Kiana n’était pas la plus belle, elle n’était pas moche non, elle savait mettre ses atouts en avant et jouer de ses charmes. Kiana était une jeune fille vivante, fougueuse et passionnée. Elle faisait souvent preuve d’une grande vivacité et d’une grande nervosité. Kiana était entière en amitié comme en amour, elle était à fleur de peau. Le monde passait sur elle comme du papier de verre, de peur de trop s’égratigner Kiana avait monté une forteresse autours d’elle. Elle se pensait blindée, comme si rien ne pouvait l’atteindre. Sa voix suave, sa démarche chaloupée, son regard de panthère, Kiana était une femme forte, séductrice qui n’avait pas froid aux yeux. Elle savait ce qu’elle voulait et remuait ciel et terre pour l’obtenir. Elle savait aussi ce qu’elle valait et exigeait que les gens le reconnaissent. Les obstacles ne la découragaient pas, bien au contraire, elle se trouvait une force herculéenne pour les surmonter. Elle se lançait dans la vie tel un chevalier armé près à tous les combats.

Kiana n’était pas du genre à se laisser marcher sur les pieds, les hommes qui l’entouraient l’admiraient autant qu’ils la craignaient. Kiana n’avait pas sa langue dans sa poche, elle refusait les misogynes et se battait pour la condition de la femme. Kiana se voulait être l’égale de l’homme, la plus forte même parfois. Elle ne se rendait pas compte que son côté castrateur pouvait être dévastateur dans ses relations avec les hommes. Les hommes, elle les aimait autant qu’elle les détestait. Elle se méfiait d’eux. Le combat contre l’homme, elle le menait depuis bien trop longtemps. Elle avait vu ses parents se déchirer, sa mère céder sous la pression d’un homme oppressant. Elle refusait d’être cette femme-là, elle méprisait cet homme qui l’avait engendré. Kiana connaissait les hommes, leurs faiblesses, leurs fourberies. Mais ils étaient sa faiblesse.

Kiana était une femme moderne, bien dans sa vie, bien dans son époque. Mais elle était aussi une femme fragile. Kiana passait trop de temps à se battre avec elle-même, si bien qu’elle en oubliait qui elle était. Il fallait qu’elle soit forte pour sa mère, qu’elle protège sa famille. Kiana avait dû apprendre bien trop tôt à ne plus être une enfant. On lui avait volé son insouciance. Cette blessure-là, cette déchirure restait béante au fond d’elle mais elle se démenait pour que personne ne puisse la voir. Kiana pensait pouvoir cacher aux yeux du monde son grand canyon. Les cris sourds et violents de ses souffrances ne sortaient plus. Les larmes n’avaient que trop couler. Kiana portait en elle cette cassure, elle le portait dans sa voix. Cette voix rauque et chaleureuse de ceux qui n’ont que trop vécu.

Kiana aimait sortir de son quotidien, partir de chez elle. Il lui prenait de rêver que l’on vienne la sortir de ce château de sable qui lui servait de foyer, et qui était prêt à l’ensevelir au moindre coup de vent. La rage de vivre lui brûlait la poitrine. Chacun de ses rires, chacun de ses coups de gueule n’étaient que blindage pour cacher l’oisillon qu’elle conservait au fond d’elle. Un petit oiseau chétif, craintif de parcourir le monde. Le monde était menaçant, les chutes sont parfois douloureuses, bien que ce soit l’atterrissage qui fasse le plus mal. Kiana avait besoin d’être rassurée, d’être aimée, d’être enfin comprise.

Malheureusement, elle s’entourait souvent de gens superficiels qui profitaient d’elle et de sa gentillesse. Car sous ses airs d’ogresses, Kiana était un agneau, un loup aux dents de lait. Certaines personnes avaient su le voir. Kiana n’était pas si bête que ça, elle savait à quoi s’attendre mais préférer parfois fermer les yeux. Elle savait lire dans le cœur des gens, reconnaitre le bon en eux, et elle savait faire ressortir ce côté-là de leur personnalité. Elle ne se laissait pas faire, taper du poing sur la table. Elle était du genre têtu, obstiné. Mais elle voulait être aimée et savait comment arriver à ses fins. Même si les intentions des autres n’étaient pas toujours bonnes, Kiana se servait d’eux comme eux se servaient d’elle. Elle s’abreuvait de leur gratitude, se sentait importante, se sentait vivre, se sentait existait. Elle n’avait plus confiance aux hommes et tenter sans cesse de se rassurer auprès de gens de passage. Certain resteront auprès d’elle, ceux qui auront voulu allait voir un peu plus loin que les apparences.

Kiana était une femme ordinaire. Elle connaissait la douleur des coups de la vie, mais elle gardait la tête droite, la tête haute. Sa fierté était son salut. Mais il suffisait de la regardait, de gratter un peu pour y voir plus clair. Kiana avait la force du feu et la douceur des flammes. L’approcher de trop près provoquait des étincelles qui pouvaient finir en incendie dévastateur ou en doux feu de cheminée. Kiana était une femme moderne, mais au fond d’elle elle n’était encore qu’une enfant. Une enfant à qui l’on faisait porter des responsabilités bien trop lourde. Ses épaules robustes n’étaient pas si fortes que ça. Le poids du passé lui faisait parofis courbé le dos. Mais elle continuait d’avancer.

Aujourd’hui, Kiana a grandi. Elle a su s’adoucir, modéré sa flamme. Il y a longtemps que cet homme était mort pour elle, des années. Mais aujourd’hui, Kiana avait le droit d’en faire le deuil. En jetant une poignée de terre sur le cercueil de son père, Kiana avait trouvé le repos de l’âme. Elle arrivait à lui pardonner. Sa colère se dissipait au fur et mesure que l’on glissait son père au fond du trou. Kiana avait passé tant de temps à détester cet homme qu’elle ne avait longtemps ignoré comment aimer. Son corps lui avait fait mal, son âme déchirée l’avait torturé. Kiana avait enfin trouvé le repos.

Kiana s’était réconciliée avec elle-même grâce à un homme qui avait su l’aimer. Bien sur, Kiana avait d’abord résisté. Il était doux et fort à la fois. Il avait suffisamment de caractère pour faire face à Kiana, à ses crises, à ses angoisses. Dylan avait su apaiser sa douce. C’est ainsi qu’il l’appelait. Dylan avait su apprivoiser Kiana. Un lien particulier les unissait. Il s’aimait simplement, ils restaient deux adolescents. Dylan avait su trouver les maux de Kiana, il s’était infiltré dans les failles de sa belle pour les colmater. Ainsi, Kiana et Dylan avait soudé leur couple. Ils se comprenaient, se respectaient et avançaient ensemble sur un chemin épineux et glissant. Mais il est toujours plus confortable de faire cette route à deux que seul. Le passé est souvent un lourd fardeau à porter. Il  faut savoir déposer ses problèmes sur le bord de la route, accepter les failles de l’autre pour pouvoir avancer, accepter qu’il ne soit pas parfait. Kiana avait gagné le plus long combat de vie, et en ce jour funèbre une larme coulait sur sa joue.

Le lien.

21 septembre, 2012

Il y a des rencontres qui vous tombent dessus sans que vous vous y attendiez. Ces rencontres incroyablement inattendues qui vous montrent à quel point la vie vaut d’être vécue. Il y a des rencontres d’exceptions, qui vous illuminent. Des êtres qui, dès qu’ils apparaissent, vous donnent le sourire, vous ressourcent. Ces rencontres-là sont rares, il faut savoir préserver les liens et ne pas entacher la relation. L’amitié est précieuse.

Chacun a ses défauts et ses qualités, personne n’est bon ou mauvais, il faut juste apprendre à se comprendre. C’est la clé du bonheur. Sophie en avait conscience. Paul était un de ses meilleurs amis mais depuis quelques jours son comportement avait changé. Il était sur la défensive et ne semblait avoir goût à rien. Sophie essayait par n’importe quel moyen de redonner le sourire à Paul. Paul était quelqu’un de doux et tellement vivant en apparence. Mais elle savait  qu’au fond de lui, Paul survivait plus qu’il ne vivait. Elle le connaissait par cœur.

Sophie et Paul s’était rencontré dans un bar. Leurs deux âmes sombres s’étaient trouvées ce soir-là. Ils avaient commencé par coucher ensemble, puis avaient discuté une bonne partie de la nuit. Sophie n’était pas du genre à étaler ses sentiments, mais elle était à l’écoute. Et ce soir-là, Paul avait trouvé en elle l’oreille, l’épaule, le soutien dont il avait besoin. Sans se l’expliquer, Paul s’était senti en confiance auprès d’elle. Cette nuit de débauche avait fait naître entre les deux jeunes gens une jolie amitié.

Pourtant, Paul se montrait en ce moment distant envers Sophie. Elle comprenait que quelque chose se passait mais elle n’arrivait pas à l’expliquer. Paul riait avec elle, mais son regard était lointain, vide, absent, et quand elle lui posait des questions le visage de Paul se crispait et il se retranchait dans le silence.

Paul avait peu de vrais amis. Il connaissait beaucoup de gens mais il pouvait compter sur peu d’entre eux. La relation superficielle qu’il entretenait avec eux lui suffisait. Il donnait l’illusion d’être bien, détendu et il ne se justifiait de rien. Il avait le sentiment d’être libre, de ne dépendre de personne et de ne se suffire qu’à lui-même. Sophie, quant à elle, avait quelques vrais amis sur lesquels elle pouvait compter mais son réseau social n’était pas très étendu. Sophie avait toujours préféré la qualité à la quantité. Elle aimait pouvoir conserver ses moments solitaires. Elle aimait se retrouvait avec elle-même.

Ainsi, Sophie mit du temps à remarquer l’éloignement de Paul. Elle comprit très vite qu’il lâchait trop de lest et que sa chute allait l’entrainer au fond de l’abîme bien plus tôt qu’il ne le pensait. Sophie essayait de rattraper Paul, mais Paul préférait s’accrochait aux brindilles qui papillonnaient autours de lui plutôt que de saisir la branche solide que Sophie lui tendait. Paul avait besoin de se sentir aimer et admirer de tous, c’est ainsi qu’il existait et Sophie le savait. Mais la situation commençait à devenir difficile. Paul perdait le contrôle de sa vie, et Sophie ne savait plus comment le rattraper.

Elle fit alors le choix le plus difficile de sa vie. Pour s’en sortir, Sophie devait choisir entre elle-même et son ami. En effet, dans cette histoire Sophie commençait à se perdre un peu. Elle voulut être ferme pour que son ami comprenne qu’il allait trop loin. « Je ne fais rien. Je ne dis plus rien. Il n’a pas besoin de moi. Mais il sait qu’une main restera tendue. Le jour où il voudra la saisir elle sera peut-être sèche et cassera sous le poids de sa connerie. »

Paul n’ignorait pas que Sophie était prête à tout pour lui, qu’elle serait toujours là pour lui. Sophie était sincère et entière en amitié. Elle voulait lui faire comprendre qu’elle n’était pas à sa disposition. Mais Paul ne la voyait plus. Aspiré dans le tourbillon de la vie, il se laissait aller au gré du courant. Il perdait pieds sans même s’en rendre vraiment compte. Sophie savait aujourd’hui qu’elle ne pourrait le rattraper. Elle savait que si il lui prenait la main, il l’entrainerait dans sa chute.

Même si elle ne voulait pas abandonner Paul, Sophie due se rendre à l’évidence. Paul tombait bien trop vite et bien trop bas pour elle. Leur chemin prenait des routes radicalement différentes et il était temps pour eux de se séparer. Sophie s’éloigna de Paul qui la laissa partir. Il la regardait de loin, prenait de ses nouvelles de temps en temps. Il finira par revenir, les turbulences passeront. Malgré tout ce qui s’était passé, les difficultés avaient mis à mal leur amitié mais ne l’avait pas brisé.

L’amitié c’est accepter l’autre avec ses qualités et ses défauts. La tolérance est le respect de l’autre. Ce sont les erreurs qui nous font avancer et grandir. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Paul et Sophie sortirent grandis de cette histoire. Il n’y avait pas d’amertume entre eux. Ils étaient l’un à côté de l’autre et avançaient ensemble malgré les courants. Il faut savoir s’éloigner parfois pour se rapprocher. Aujourd’hui, Sophie et Paul le savaient.

Politiquement incorrect

18 septembre, 2012

Une voix se fit entendre, une insulte puis un éclair. Le sifflement d’une balle, un corps qui s’écroule. En quelques secondes, tout venait de basculer.

Jo sentit alors tout son corps de raidir. Ses doigts étaient crispées, sa mâchoire restait bloqué ce qui la forçait à garder la bouche entrouverte. Son souffle était court, saccadé, elle suffoquait. Les larmes lui remplissaient les yeux. Elle aurait voulu crier mais le son restait imperceptible. Elle avait mal, chacune de ses respirations venaient lui bruler la poitrine. A bout de force, devant un tel spectacle, ses jambes se dérobèrent et elle put enfin se laisser aller dans son sanglot. Un cri effrayant et strident traversa la place. Le temps était arrêté, il n’y avait plus rien autours d’elle. Rien d’autre que sa douleur. Elle approcha sa main tremblante de sa fille, elle souleva la mèche de cheveux qui lui cachait le visage. Ses yeux étaient toujours ouverts, mais immensément vides. De sa bouche entrouverte, un filet de sang coulait. La mort était venue la surprendre. Une balle dans la poitrine aura suffi à la faire taire. Jo la prie dans ses bras en lui murmurant une berceuse à l’oreille. Sa fille, son bébé était étendu là devant elle. Elle la prie dans ses bras et la berça. Elle savait que cette chanson la rassurait. Elle l’aimait tant. La foule s’empressait, les badauds se bousculaient leur part du spectacle. Mais Jo ne les entendait pas. Les lumières dansaient maintenant autours d’elle. Deux hommes la prirent sous les bras pour la soulever, deux autres lui prirent sa fille pour la dernière fois. Dans l’ambulance, blottie dans une couverture de survie, Jo sombrait. Le médecin lui administra un sédatif, elle s’endormit enfin.

 

Joséphine Rolland était une femme au foyer sans histoire, son mari et elle avaient élevé leur fille Charlotte de leur mieux et étaient plutôt fier du résultat. Charlotte à seulement 32 ans, était déjà une journaliste reconnue qui ne se limitait plus à la rubrique des chiens écrasés. Sa spécialité à elle, c’était la politique. Tout ça la passionnait, la stimulait. Elle était très réfléchie et analysait rapidement les situations. Elle savait parler aux gens, elle les comprenait. Charlotte, dotée d’empathie, s’était parfois laisser berner par ses sentiments. Mais, pour autant, ce n’était pas le genre de fille à manquer de discernement. Un de ces défauts était peut-être d’être trop emportée.

Charlotte était une jeune fille fougueuse, pleine d’entrain. Elle pouvait soulever des montagnes quand une cause lui passait défendable. Charlotte prenait les choses à bras le corps et c’est cette force de caractère qui lui valait aujourd’hui d’être une journaliste reconnue de tous ses confrères.

La politique, pour une femme, est un milieu souvent semé d’embuches. Elles n’ont pas les épaules pour enfoncer les portes nécessaires à avancer, elles n’ont pas l’autorité naturelle de l’homme, elles n’ont pas le charisme de l’homme. Tous ces clichés, Charlotte les avaient déjà entendus mille fois. Pourtant, les femmes en politiques, leur main de fer dans un gant de velour, c’est ce qui avaient poussé Charlotte sur cette voie. Elle avait lors de ces études, basé son mémoire sur ce sujet.

C’est en cours d’histoire que Charlotte était tombée amoureuse de la politique. Elle trouvait que se battre pour des idées étaient une noble cause. Elle avait étudié l’histoire américaine et c’était laissé porter par l’histoire de Rosa Parks. Une femme qui se levait contre un pouvoir tyrannique envers elle et les siens. Rosa faisait partie de ces voix qui se font entendre sans faire de bruit. Charlotte se reconnaissait en elle. Malheureusement, Charlotte comprit bien vite qu’il n’existait pas de politique sans chasse aux sorcières et au pouvoir. L’argent menait le monde. Les magouilles, les détournements font parties des choses contre lesquelles Charlotte mène un combat quotidien.

Charlotte n’était pas une grande adepte de la délation, elle connaissait les conséquences abusives et dramatiques de ce genre de procéder. Mais, elle avait créé un blog où elle piégeait des hommes politiques. Elle conservait leur anonymat, mais souvent ces hommes étaient reconnaissables. Charlotte prenait des risques, elle le savait. Son site avait dû fermer à plusieurs reprises, elle avait reçu des lettres de représailles et des pots de vin pour la faire taire. Bien que Charlotte sache qu’elle n’était pas invincible, elle croyait encore en l’être humain. Et c’est dans l’espoir de conserver un zeste d’humanité qu’elle menait ses combats.

Malheureusement, il y a des affaires qu’il ne faut pas trop remuer. La vase est trop importante, le lac est trop profond pour en sortir tous les cadavres. Charlotte allait en connaître le prix. Charlotte était habituée à recevoir des menaces de morts, mais le jour où elle apprit cette histoire, elle sut que rien n’allait être comme avant. Charlotte avait découvert un réseau de prostitution organisé où plusieurs politiciens de sa région magouillaient. Ils aidaient au blanchissement de l’argent, leur influence politique permettait de protégé les délinquants pour lesquelles les filles travaillaient. Certaines avaient eu besoin de faux papiers qui leur avaient été fournis. Les crimes et délits étaient nombreux.

Charlotte et son blog étaient redoutés par ces hommes, et voir cette petite rousse aux yeux verts fourrer son nez partout ne leur plaisait guère. Elle avait rencontré une fille du réseau qui s’était réfugiée dans un centre pour femme. Charlotte était bénévole là-bas. Marvina ne s’était pas laissée facilement approcher. Quand elle est arrivée au centre, Marvina n’était plus que l’ombre d’elle-même. Apeurée, et certainement en crise de manque, elle avait été trouvé errant en pleine rue par une jeune femme bénévole de l’association.

Au fur et à mesure, les langues se sont déliées. Marvina portait sur son corps les séquelles de viols à répétition, certainement des viols collectifs. Elle avait des brûlures de cigarettes sur ces bras et sa poitrine, des traces de liens sur les poignets. Marvina revenait de loin, elle le savait. Charlotte avait beaucoup discuté avec elle. Elle avait appris ses conditions de détentions, la crainte que les filles pouvaient avoir à dénoncer leurs bourreaux à la police. Elles n’avaient aucune confiance en la justice des hommes.

Charlotte comprit au fur et mesure de leurs entretiens d’où venaient les craintes de ces jeunes filles. Marvina accepta de témoigner sur le blog de la journaliste. Elle expliqua les sévices qu’elle avait subis. Elle expliqua que des personnalités influentes venaient régulièrement leurs rendre visite. Il s’agissait là d’un échange de bon procédé. Aucun nom ne furent cités, mais ce témoignage déclencha les foudres des dirigeants politiques. Il fallut faire une enquête, des têtes sont tombées.

Charlotte ne voulait pas vivre comme une fugitive, elle tenait trop à se liberté. Aussi, bien que sous surveillance rapprochée, elle s’accordait le droit de marcher dans la rue, de profiter de sa vie malgré la peur qui la cisaillait. Ce matin-là, le petit éclair au bout de la rue elle le reconnut. Elle savait qu’il lui signalait sa mort. Une voix se fit entendre, une insulte puis un éclair. Le sifflement d’une balle, un corps qui s’écroule. En quelques secondes, tout venait de basculer.

essai sur la solitude

14 septembre, 2012

Dans les moments les plus difficiles, il est nécessaire d’être bien entouré. Pourtant, parfois, le silence d’une seule personne peut vous anéantir, vous plonger dans le chaos. Le son de sa voix suffisait à vous rassurer, le chant de son rire suffisait à vous faire sourire, tous ces petits riens qui font du bien. Le jour où le chant s’arrête, où vous n’entendez plus le son de sa voix, ce jour-là, le monde s’écroule autours de vous.

Le silence est alors l’arme la plus destructrice qu’il puisse exister. Le silence est l’ignorance qui vous rappelle que vous n’existez plus alors que lui est tout pour vous. L’écho de votre voix, de vos cris, de vos sanglots sont vos seules réponses dans la nuit glacée où vous vous perdez. Le silence vous oppresse, vous percute tel un poignard bien affûté. Il vous laisse sans souffle, sans voix. Le silence vous rappelle que vous êtes seul. Ils sont là, tout autours, ces pantins animés pour vous montrer que vous vivez votre petite mort, sans bruit, tout bascule, une lourde page que vous ne parvenez pas à tourner. Et son silence qui vous empoisonne, vous emprisonne dans votre solitude. Vous vous sentez seuls dans la grande marée humaine et vous savez que bientôt votre psy pourra s’offrir le cottage qu’il convoitait tant grâce à vous. Pourtant, malgré tout, bien que vous connaissiez par cœur les règles du jeu, vous vous jetez dans la fosse au lion à cœur perdu.

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ».

Comme cette phrase sonne juste en ce matin d’automne. Le ciel est bas, les arbres pleurent leurs feuilles pour couvrir le sol d’un tapis orangé qui feutrera vos pas. Les oiseaux ne chantent plus. La nature se ralentit pour laisser place au silence. Sélène se réveille doucement après une soirée bien agitée. Elle n’a que trop peu dormi. Les images lui reviennent, l’enchaînement de la soirée et ce garçon qu’elle a rencontré. Il hante ses nuits depuis qu’elle l’a vu. Une complicité s’était installée entre eux, le rapport charnel les rapprochait beaucoup. Leurs corps étaient fait pour s’entendre, et quand ils se voyaient, ils ne pouvaient s’empêcher de se toucher, se sentir, se goûter. Ils laissaient toujours l’alchimie de leurs deux êtres s’exprimer, et ils faisaient ça si bien.

Pourtant, depuis quelques temps, son tendre éphèbe était devenu muet. Il allait toujours par monts et par vaux. Ils ne s’étaient  rien promis mais Sélène n’avait pu s’empêcher de s’attacher à lui. Pas seulement parce qu’il était un bon amant, mais parce que c’était un homme auquel on s’attache.

Rigel est un garçon rassurant et protecteur, il est tendre, drôle, intéressant. Il n’est pas cultivé mais il est curieux de tout et s’abreuve de toutes les connaissances que les gens peuvent lui apporter. Il est jovial, prévenant, avenant, sociable. Rigel est homme aimé de tous et surtout de toutes. Il ne passe pas inaperçu, il aime séduire, charmer. Sa démarche est assuré, il n’est pas beau pourtant les femmes ne peuvent détourner leur regard de lui. Il a ce magnétisme que peu d’homme ont. Tout semble si naturel pour lui. Comme si il ignorait le don que la nature lui avait fait, ce qui accentuait son charme bien davantage.

Les talents d’orateur de son amant et l’aisance avec laquelle il s’exprime auprès des femmes avait eu raison de Sélène. Elle avait bâti une forteresse autour d’elle qui s’était embrasée en un regard, un sourire. Elle ne pouvait l’expliquer. Elle ne comprit que trop ce que signifiait une de ses citations préférés de Montaigne : « Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant: « Parce que c’était lui, parce que c’était moi « . » Il y a des choses simples qui, pour elle, ne le sont pas. Il fallait toujours qu’elle tombe lorsqu’elle était amoureuse. Les marches du bonheur étaient-elles si hautes pour qu’elle ne puisse s’empêcher de trébucher ?

Sélène est une jeune femme douce et mystérieuse. Souvent, sur son visage, se lit ce genre de sourire imperceptible qui fascine. Ses yeux sont si bleus qu’ils semblent transparents, à l’image de sa peau si pâle. Ses cheveux blonds et bouclés lui tombent sur les épaules de manière angélique. Sélène semble tout droit sortie d’un de ces vitraux que l’on trouve dans les églises. Rigel allait être l’iconoclaste qui causerait sa perte. Mais nul ne pouvait s’en douter au moment de leur rencontre. Lui si brillant, si scintillant, elle si pétillante et heureuse. Son sourire laissait apparaitre ses dents tel un collier de perles qui ornait ses lèvres rouges et pulpeuses. Sélène croquait la vie à pleine dent. Elle était apparue à Rigel tel un éclair qu’il voulait attraper. Mais les éclairs ne durent jamais longtemps. Rigel avait soif de nouveauté et de jeunesse, c’était sa fontaine de jouvence à lui. Sélène n’avait été qu’une pièce de plus. Une pièce qui avait compté un moment mais qui avait perdu de son éclat.

En effet, ce matin, si Sélène restait douce et mystérieuse, son sourire avait disparu. Les larmes avaient creusés ses joues. Ses yeux étaient rouges et cernés. Sélène n’avait plus la lumière d’un ange. Sélène était éteinte et épuisée, épuisée de lutter contre le vent, contre des chimères qu’elle s’était sans doute elle-même inventé.

Pourtant, son cœur kamikaze battait à tout rompre pour celui qu’il avait choisi. Il battait jusqu’à exploser au visage de cet être qu’il aimait tant pour dégouliner de son amour à sens unique sur cet amant cet homme dont Sélène voulait oublier le nom.

Le rire, l’autodérision sont les meilleurs masques de la tristesse et Sélène le maniait devant ses amis à la perfection. Ses yeux la trahissaient parfois. Mais cela ne durait jamais longtemps. Sélène n’est pas si forte que ça. Ses insomnies à répétions eurent raison de sa fraicheur, de son éclat. Elle s’était approché trop près du soleil et avait pris le risque de s’y brûler les ailes.

Mais ce matin, le silence pèse sur elle. Elle se raccroche à ses souvenirs, à ces phrases qui résonnent encore dans sa tête. Mais ces leurres ne lui suffisent plus. Chacun de ses gestes sont devenus lents et lourds. Cet air mélancolique et fragile lui va bien. Sélène se regarde disparaitre dans le miroir. Son visage s’est creusé, son décolleté aussi, de ses longs doigts elle touche ses os à travers sa peau si fine. Sa silhouette amaigrie n’est pas effrayante. Mais son corps de femme n’est plus. Comme si elle pouvait alors replonger éternellement dans l’enfance. Sélène n’a jamais cessé de croire en son étoile. Mais elle ne pouvait s’empêcher de douter, d’elle, de ceux qui l’entouraient. Elle se croyait oubliée du bonheur alors elle se raccrochait au moindre petit morceau de bonheur qu’on lui laissait à ronger.

C’est ce qu’elle avait fait avec Rigel, la moindre attention, le moindre geste, le moindre regard posé sur elle lui apparaissait comme un cadeau. Mais aujourd’hui, son silence l’achève à petit feu. Un simple sourire, un simple bonjour lui aurait suffi. Mais quoi qu’elle fasse, il restait muet. Chacun de ses silences la martèlent un peu plus, elle se sent seule, incomprise. Ses amis la soutiennent autant qu’il le peuvent mais Sélène est trop loin.

Le soleil commence à se lever. Il fait face à la lune qui telle une peau de chagrin se rétrécit. Sélène n’a pratiquement pas fermé l’œil de la nuit. Elle peut maintenant aller se coucher, sereine. Elle prend ses somnifères. Ses gestes sont mécaniques. Elle porte une à une les pillules à sa bouche. Elle n’a plus peur. Ses paupières gonflées et rougies s’alourdissent. Au rayon du soleil, Sélène s’endort, paisible, son sourire imperceptible au coin des lèvres.