Archive pour octobre, 2012

s’ouvrir pour souffrir

11 octobre, 2012

J’appuie sur l’accélérateur, mon cœur s’emballe. Je vois son image, je ne veux que lui, c’est obsessionnel et ça me fait peur. Je ne veux plus penser et la solution est là, devant moi. Je fonce à vive allure contre ce bloc de béton. J’entends le moteur hurler, mes muscles se tétanisent. Je n’ai pas le temps de crier, j’enfouis mon visage au creux de mes mains. Un bruit sourd résonne, un fracas, de la tôle qui se froisse, l’airbag me saute au visage, je n’arrive plus à respirer la ceinture de sécurité m’oppresse. Tout devient noir et silencieux. Quelques heures plus tard, j’ouvre les yeux. Je suis allongée dans un lit d’hôpital. Je ne sens pas la douleur, je suis fatiguée, j’ai la bouche sèche. Mes yeux parcours la chambre aseptisée. Je voulais vivre une tragédie, propre, sans faille où le héros n’a qu’à attendre sagement que la mort vienne le cueillir. Mais même la mort ne veut pas de moi. Je l’avais frôlée, caressée, touchée, j’avais flirté avec elle, mais elle ne voulait pas me garder dans son bras. J’ai mal, je sens mon corps jusqu’au plus profond de mes os. Je ne peux pas bouger. Chaque tentative se traduit en un échec. Je sens la chaleur de mes larmes brûler mes paupières et creuser son lit sur mes joues. Chaque fois que mes poumons font gonfler ma cage thoracique, je sens la pression de ma respiration sur chacune de mes côtes. Vivre est douloureux. Je suis si fatiguée. Je m’endors.

Lorsque je me réveille enfin, je te vois assis près de moi. Tes yeux rougis me font dire que le sommeil a dû t’échapper quelques heures durant. Ta tendresse m’agresse et me rappelle qu’entre nous il ne reste que ça. Ta pitié me donne envie de vomir. Mais je n’ai que la bile qui vient m’écorcher l’œsophage. Tu souris tendrement en me disant que j’ai l’air d’une momie mais en plus sexy. Je souris à mon tour. Tu as toujours su trouver les mots pour me réconforter. Tu connais par cœur mes petites manies, mes envies. Tu as su lire en moi comme un livre ouvert. J’ai essayé tant de fois de me protéger de toi. Mais tu trouvais tous les codes et faisais tomber chacune des barrières que je dressais devant toi. Tu as su m’apprendre, m’apprivoiser. Je t’en veux tellement pour cela. Puis tu m’as quitté. Pas parce que tu ne m’aimais pas mais parce que tu ne voulais plus te battre contre moi et contre mes démons. Mais aujourd’hui tu es là, près de moi. Tu sembles gêner. Ton regard est fuyant. Ta main a peur de me toucher, comme si d’un simple geste, d’un simple regard tu pouvais me briser davantage.

Je t’avais dit un jour qu’on ne pouvait pas détruire un être brisé. Mais coincée sur ce lit d’hôpital je te prouvais le contraire. J’espérais que la morphine puisse faire taire toutes les douleurs mais mon cœur explosait un peu plus chaque fois que je te regardais. Il venait perler au bout de mes cils, dégoulinant de mes paupières. Je t’aime et je te fais souffrir. L’amour est souvent cruel. L’amour ça fait pleurer. Pourtant l’homme ne peut vivre sans amour. Dès le commencement il y a l’amour d’une mère, puis de son âme sœur. Plus l’amour est beau, plus l’amour est grand et puissant, plus dur est la chute. Je le savais, je l’avais appris à mes dépends. Tu m’avais récupérée errant sur le bord de la route, tu avais pansé chacune de mes blessures. Tu avais été patient mais tu t’étais épuisé à vouloir sauver une âme perdue. Finalement, tu avais réussi à gonfler ton égo en me recousant morceau par morceau mais la fiancée de Frankenstein que tu avais créé ne te suffisait pas. Je sais que tu voyais d’autres femmes, c’était vitale pour toi ces petites bulles d’air. Puis tu avais fini par me dire que tu ne pouvais pas aimer quelqu’un qui ne s’aimait pas. Que je ne t’apportais pas suffisamment et que tu n’arrivais pas à te projeter avec moi. Tu avais tellement raison.

Tu m’avais prévenu lors de notre rencontre que tu n’étais pas un homme à femmes mais que tu ne savais te contenter d’une seule femme. Que tu avais besoin de séduire. Pour ma part, je croyais que l’amour faisait forcément mal et que ces petits désagréments n’auraient pas raison de moi. Je ne devais pas m’attacher à toi, juste profiter de ces petits moments que tu me laissais. Mais je me suis attachée à toi, j’ai vampirisé ton énergie. Je me sentais bien avec toi, tu étais mon oxygène. Je t’ai étouffé sous le poids de mon amour. Un amour qui t’effrayait autant qu’il te gonflait d’orgueil. En me voyant grandir, m’épanouir, me sentir bien, tu avais l’impression de ne plus servir à rien. Finalement ce n’est pas moi que tu aimais mais le mal qui me rongeait. Le mâle dominant qui sommeille en toi se battait contre mes fantômes et en sortait vainqueur mais pas sans dommages. Nous nous laissions aveuglés par nos envies, nous les projetions l’un en l’autre. Mais tu as su ouvrir les yeux avec moi et stopper ce jeu dangereux. Nous souffrions de cette situation mais tu supportais bien moins bien que moi les coups du destin. J’avais peut-être un peu plus l’habitude que toi.

Dans cette histoire la merde ce n’est pas toi, ni moi, c’est l’histoire en elle-même. Il n’y a rien d’autre que des inepties, des illusions. Mais j’avais envie d’y croire, ne serait-ce qu’un court instant. Je me nourrissais des rognures que tu me laissais comme si cela eusse été un festin de roi. Mais aujourd’hui, ces morceaux se nécrosent et deviennent  indigestes. Tes belles paroles, tes gestes délicats, tes sourires charmeurs me rendent nauséeuse. Ils sont l’image même de ton mensonge. Tu es le coupable et je suis la complice de ton crime. C’était un suicide affectif que de s’attacher à toi, et j’en étais parfaitement consciente. Pourtant, mon entêtement m’a forcé à aller au bout des choses, quitte à me prendre le mur de plein fouet en me lançant à toute vitesse. C’est étrange ce besoin de souffrir pour se sentir vivant, non? C’est cette souffrance aussi qui nous permet d’avancer. Car elle ne doit pas nous freiner, nous devons en faire une force pour endurer chaque jour davantage. Lorsque je fais du sport, je veux sentir mes muscles me bruler tout le corps pour être bien certaine d’avoir tout donner. Et lorsque le résultat commence à apparaitre, je me sens fière.

La souffrance peut être un moteur. Mais le bonheur dans ce cas est-il un frein ?