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s’ouvrir pour souffrir

11 octobre, 2012

J’appuie sur l’accélérateur, mon cœur s’emballe. Je vois son image, je ne veux que lui, c’est obsessionnel et ça me fait peur. Je ne veux plus penser et la solution est là, devant moi. Je fonce à vive allure contre ce bloc de béton. J’entends le moteur hurler, mes muscles se tétanisent. Je n’ai pas le temps de crier, j’enfouis mon visage au creux de mes mains. Un bruit sourd résonne, un fracas, de la tôle qui se froisse, l’airbag me saute au visage, je n’arrive plus à respirer la ceinture de sécurité m’oppresse. Tout devient noir et silencieux. Quelques heures plus tard, j’ouvre les yeux. Je suis allongée dans un lit d’hôpital. Je ne sens pas la douleur, je suis fatiguée, j’ai la bouche sèche. Mes yeux parcours la chambre aseptisée. Je voulais vivre une tragédie, propre, sans faille où le héros n’a qu’à attendre sagement que la mort vienne le cueillir. Mais même la mort ne veut pas de moi. Je l’avais frôlée, caressée, touchée, j’avais flirté avec elle, mais elle ne voulait pas me garder dans son bras. J’ai mal, je sens mon corps jusqu’au plus profond de mes os. Je ne peux pas bouger. Chaque tentative se traduit en un échec. Je sens la chaleur de mes larmes brûler mes paupières et creuser son lit sur mes joues. Chaque fois que mes poumons font gonfler ma cage thoracique, je sens la pression de ma respiration sur chacune de mes côtes. Vivre est douloureux. Je suis si fatiguée. Je m’endors.

Lorsque je me réveille enfin, je te vois assis près de moi. Tes yeux rougis me font dire que le sommeil a dû t’échapper quelques heures durant. Ta tendresse m’agresse et me rappelle qu’entre nous il ne reste que ça. Ta pitié me donne envie de vomir. Mais je n’ai que la bile qui vient m’écorcher l’œsophage. Tu souris tendrement en me disant que j’ai l’air d’une momie mais en plus sexy. Je souris à mon tour. Tu as toujours su trouver les mots pour me réconforter. Tu connais par cœur mes petites manies, mes envies. Tu as su lire en moi comme un livre ouvert. J’ai essayé tant de fois de me protéger de toi. Mais tu trouvais tous les codes et faisais tomber chacune des barrières que je dressais devant toi. Tu as su m’apprendre, m’apprivoiser. Je t’en veux tellement pour cela. Puis tu m’as quitté. Pas parce que tu ne m’aimais pas mais parce que tu ne voulais plus te battre contre moi et contre mes démons. Mais aujourd’hui tu es là, près de moi. Tu sembles gêner. Ton regard est fuyant. Ta main a peur de me toucher, comme si d’un simple geste, d’un simple regard tu pouvais me briser davantage.

Je t’avais dit un jour qu’on ne pouvait pas détruire un être brisé. Mais coincée sur ce lit d’hôpital je te prouvais le contraire. J’espérais que la morphine puisse faire taire toutes les douleurs mais mon cœur explosait un peu plus chaque fois que je te regardais. Il venait perler au bout de mes cils, dégoulinant de mes paupières. Je t’aime et je te fais souffrir. L’amour est souvent cruel. L’amour ça fait pleurer. Pourtant l’homme ne peut vivre sans amour. Dès le commencement il y a l’amour d’une mère, puis de son âme sœur. Plus l’amour est beau, plus l’amour est grand et puissant, plus dur est la chute. Je le savais, je l’avais appris à mes dépends. Tu m’avais récupérée errant sur le bord de la route, tu avais pansé chacune de mes blessures. Tu avais été patient mais tu t’étais épuisé à vouloir sauver une âme perdue. Finalement, tu avais réussi à gonfler ton égo en me recousant morceau par morceau mais la fiancée de Frankenstein que tu avais créé ne te suffisait pas. Je sais que tu voyais d’autres femmes, c’était vitale pour toi ces petites bulles d’air. Puis tu avais fini par me dire que tu ne pouvais pas aimer quelqu’un qui ne s’aimait pas. Que je ne t’apportais pas suffisamment et que tu n’arrivais pas à te projeter avec moi. Tu avais tellement raison.

Tu m’avais prévenu lors de notre rencontre que tu n’étais pas un homme à femmes mais que tu ne savais te contenter d’une seule femme. Que tu avais besoin de séduire. Pour ma part, je croyais que l’amour faisait forcément mal et que ces petits désagréments n’auraient pas raison de moi. Je ne devais pas m’attacher à toi, juste profiter de ces petits moments que tu me laissais. Mais je me suis attachée à toi, j’ai vampirisé ton énergie. Je me sentais bien avec toi, tu étais mon oxygène. Je t’ai étouffé sous le poids de mon amour. Un amour qui t’effrayait autant qu’il te gonflait d’orgueil. En me voyant grandir, m’épanouir, me sentir bien, tu avais l’impression de ne plus servir à rien. Finalement ce n’est pas moi que tu aimais mais le mal qui me rongeait. Le mâle dominant qui sommeille en toi se battait contre mes fantômes et en sortait vainqueur mais pas sans dommages. Nous nous laissions aveuglés par nos envies, nous les projetions l’un en l’autre. Mais tu as su ouvrir les yeux avec moi et stopper ce jeu dangereux. Nous souffrions de cette situation mais tu supportais bien moins bien que moi les coups du destin. J’avais peut-être un peu plus l’habitude que toi.

Dans cette histoire la merde ce n’est pas toi, ni moi, c’est l’histoire en elle-même. Il n’y a rien d’autre que des inepties, des illusions. Mais j’avais envie d’y croire, ne serait-ce qu’un court instant. Je me nourrissais des rognures que tu me laissais comme si cela eusse été un festin de roi. Mais aujourd’hui, ces morceaux se nécrosent et deviennent  indigestes. Tes belles paroles, tes gestes délicats, tes sourires charmeurs me rendent nauséeuse. Ils sont l’image même de ton mensonge. Tu es le coupable et je suis la complice de ton crime. C’était un suicide affectif que de s’attacher à toi, et j’en étais parfaitement consciente. Pourtant, mon entêtement m’a forcé à aller au bout des choses, quitte à me prendre le mur de plein fouet en me lançant à toute vitesse. C’est étrange ce besoin de souffrir pour se sentir vivant, non? C’est cette souffrance aussi qui nous permet d’avancer. Car elle ne doit pas nous freiner, nous devons en faire une force pour endurer chaque jour davantage. Lorsque je fais du sport, je veux sentir mes muscles me bruler tout le corps pour être bien certaine d’avoir tout donner. Et lorsque le résultat commence à apparaitre, je me sens fière.

La souffrance peut être un moteur. Mais le bonheur dans ce cas est-il un frein ?

Kiana is So chic

26 septembre, 2012

Kiana n’était pas la plus belle, elle n’était pas moche non, elle savait mettre ses atouts en avant et jouer de ses charmes. Kiana était une jeune fille vivante, fougueuse et passionnée. Elle faisait souvent preuve d’une grande vivacité et d’une grande nervosité. Kiana était entière en amitié comme en amour, elle était à fleur de peau. Le monde passait sur elle comme du papier de verre, de peur de trop s’égratigner Kiana avait monté une forteresse autours d’elle. Elle se pensait blindée, comme si rien ne pouvait l’atteindre. Sa voix suave, sa démarche chaloupée, son regard de panthère, Kiana était une femme forte, séductrice qui n’avait pas froid aux yeux. Elle savait ce qu’elle voulait et remuait ciel et terre pour l’obtenir. Elle savait aussi ce qu’elle valait et exigeait que les gens le reconnaissent. Les obstacles ne la découragaient pas, bien au contraire, elle se trouvait une force herculéenne pour les surmonter. Elle se lançait dans la vie tel un chevalier armé près à tous les combats.

Kiana n’était pas du genre à se laisser marcher sur les pieds, les hommes qui l’entouraient l’admiraient autant qu’ils la craignaient. Kiana n’avait pas sa langue dans sa poche, elle refusait les misogynes et se battait pour la condition de la femme. Kiana se voulait être l’égale de l’homme, la plus forte même parfois. Elle ne se rendait pas compte que son côté castrateur pouvait être dévastateur dans ses relations avec les hommes. Les hommes, elle les aimait autant qu’elle les détestait. Elle se méfiait d’eux. Le combat contre l’homme, elle le menait depuis bien trop longtemps. Elle avait vu ses parents se déchirer, sa mère céder sous la pression d’un homme oppressant. Elle refusait d’être cette femme-là, elle méprisait cet homme qui l’avait engendré. Kiana connaissait les hommes, leurs faiblesses, leurs fourberies. Mais ils étaient sa faiblesse.

Kiana était une femme moderne, bien dans sa vie, bien dans son époque. Mais elle était aussi une femme fragile. Kiana passait trop de temps à se battre avec elle-même, si bien qu’elle en oubliait qui elle était. Il fallait qu’elle soit forte pour sa mère, qu’elle protège sa famille. Kiana avait dû apprendre bien trop tôt à ne plus être une enfant. On lui avait volé son insouciance. Cette blessure-là, cette déchirure restait béante au fond d’elle mais elle se démenait pour que personne ne puisse la voir. Kiana pensait pouvoir cacher aux yeux du monde son grand canyon. Les cris sourds et violents de ses souffrances ne sortaient plus. Les larmes n’avaient que trop couler. Kiana portait en elle cette cassure, elle le portait dans sa voix. Cette voix rauque et chaleureuse de ceux qui n’ont que trop vécu.

Kiana aimait sortir de son quotidien, partir de chez elle. Il lui prenait de rêver que l’on vienne la sortir de ce château de sable qui lui servait de foyer, et qui était prêt à l’ensevelir au moindre coup de vent. La rage de vivre lui brûlait la poitrine. Chacun de ses rires, chacun de ses coups de gueule n’étaient que blindage pour cacher l’oisillon qu’elle conservait au fond d’elle. Un petit oiseau chétif, craintif de parcourir le monde. Le monde était menaçant, les chutes sont parfois douloureuses, bien que ce soit l’atterrissage qui fasse le plus mal. Kiana avait besoin d’être rassurée, d’être aimée, d’être enfin comprise.

Malheureusement, elle s’entourait souvent de gens superficiels qui profitaient d’elle et de sa gentillesse. Car sous ses airs d’ogresses, Kiana était un agneau, un loup aux dents de lait. Certaines personnes avaient su le voir. Kiana n’était pas si bête que ça, elle savait à quoi s’attendre mais préférer parfois fermer les yeux. Elle savait lire dans le cœur des gens, reconnaitre le bon en eux, et elle savait faire ressortir ce côté-là de leur personnalité. Elle ne se laissait pas faire, taper du poing sur la table. Elle était du genre têtu, obstiné. Mais elle voulait être aimée et savait comment arriver à ses fins. Même si les intentions des autres n’étaient pas toujours bonnes, Kiana se servait d’eux comme eux se servaient d’elle. Elle s’abreuvait de leur gratitude, se sentait importante, se sentait vivre, se sentait existait. Elle n’avait plus confiance aux hommes et tenter sans cesse de se rassurer auprès de gens de passage. Certain resteront auprès d’elle, ceux qui auront voulu allait voir un peu plus loin que les apparences.

Kiana était une femme ordinaire. Elle connaissait la douleur des coups de la vie, mais elle gardait la tête droite, la tête haute. Sa fierté était son salut. Mais il suffisait de la regardait, de gratter un peu pour y voir plus clair. Kiana avait la force du feu et la douceur des flammes. L’approcher de trop près provoquait des étincelles qui pouvaient finir en incendie dévastateur ou en doux feu de cheminée. Kiana était une femme moderne, mais au fond d’elle elle n’était encore qu’une enfant. Une enfant à qui l’on faisait porter des responsabilités bien trop lourde. Ses épaules robustes n’étaient pas si fortes que ça. Le poids du passé lui faisait parofis courbé le dos. Mais elle continuait d’avancer.

Aujourd’hui, Kiana a grandi. Elle a su s’adoucir, modéré sa flamme. Il y a longtemps que cet homme était mort pour elle, des années. Mais aujourd’hui, Kiana avait le droit d’en faire le deuil. En jetant une poignée de terre sur le cercueil de son père, Kiana avait trouvé le repos de l’âme. Elle arrivait à lui pardonner. Sa colère se dissipait au fur et mesure que l’on glissait son père au fond du trou. Kiana avait passé tant de temps à détester cet homme qu’elle ne avait longtemps ignoré comment aimer. Son corps lui avait fait mal, son âme déchirée l’avait torturé. Kiana avait enfin trouvé le repos.

Kiana s’était réconciliée avec elle-même grâce à un homme qui avait su l’aimer. Bien sur, Kiana avait d’abord résisté. Il était doux et fort à la fois. Il avait suffisamment de caractère pour faire face à Kiana, à ses crises, à ses angoisses. Dylan avait su apaiser sa douce. C’est ainsi qu’il l’appelait. Dylan avait su apprivoiser Kiana. Un lien particulier les unissait. Il s’aimait simplement, ils restaient deux adolescents. Dylan avait su trouver les maux de Kiana, il s’était infiltré dans les failles de sa belle pour les colmater. Ainsi, Kiana et Dylan avait soudé leur couple. Ils se comprenaient, se respectaient et avançaient ensemble sur un chemin épineux et glissant. Mais il est toujours plus confortable de faire cette route à deux que seul. Le passé est souvent un lourd fardeau à porter. Il  faut savoir déposer ses problèmes sur le bord de la route, accepter les failles de l’autre pour pouvoir avancer, accepter qu’il ne soit pas parfait. Kiana avait gagné le plus long combat de vie, et en ce jour funèbre une larme coulait sur sa joue.

Le lien.

21 septembre, 2012

Il y a des rencontres qui vous tombent dessus sans que vous vous y attendiez. Ces rencontres incroyablement inattendues qui vous montrent à quel point la vie vaut d’être vécue. Il y a des rencontres d’exceptions, qui vous illuminent. Des êtres qui, dès qu’ils apparaissent, vous donnent le sourire, vous ressourcent. Ces rencontres-là sont rares, il faut savoir préserver les liens et ne pas entacher la relation. L’amitié est précieuse.

Chacun a ses défauts et ses qualités, personne n’est bon ou mauvais, il faut juste apprendre à se comprendre. C’est la clé du bonheur. Sophie en avait conscience. Paul était un de ses meilleurs amis mais depuis quelques jours son comportement avait changé. Il était sur la défensive et ne semblait avoir goût à rien. Sophie essayait par n’importe quel moyen de redonner le sourire à Paul. Paul était quelqu’un de doux et tellement vivant en apparence. Mais elle savait  qu’au fond de lui, Paul survivait plus qu’il ne vivait. Elle le connaissait par cœur.

Sophie et Paul s’était rencontré dans un bar. Leurs deux âmes sombres s’étaient trouvées ce soir-là. Ils avaient commencé par coucher ensemble, puis avaient discuté une bonne partie de la nuit. Sophie n’était pas du genre à étaler ses sentiments, mais elle était à l’écoute. Et ce soir-là, Paul avait trouvé en elle l’oreille, l’épaule, le soutien dont il avait besoin. Sans se l’expliquer, Paul s’était senti en confiance auprès d’elle. Cette nuit de débauche avait fait naître entre les deux jeunes gens une jolie amitié.

Pourtant, Paul se montrait en ce moment distant envers Sophie. Elle comprenait que quelque chose se passait mais elle n’arrivait pas à l’expliquer. Paul riait avec elle, mais son regard était lointain, vide, absent, et quand elle lui posait des questions le visage de Paul se crispait et il se retranchait dans le silence.

Paul avait peu de vrais amis. Il connaissait beaucoup de gens mais il pouvait compter sur peu d’entre eux. La relation superficielle qu’il entretenait avec eux lui suffisait. Il donnait l’illusion d’être bien, détendu et il ne se justifiait de rien. Il avait le sentiment d’être libre, de ne dépendre de personne et de ne se suffire qu’à lui-même. Sophie, quant à elle, avait quelques vrais amis sur lesquels elle pouvait compter mais son réseau social n’était pas très étendu. Sophie avait toujours préféré la qualité à la quantité. Elle aimait pouvoir conserver ses moments solitaires. Elle aimait se retrouvait avec elle-même.

Ainsi, Sophie mit du temps à remarquer l’éloignement de Paul. Elle comprit très vite qu’il lâchait trop de lest et que sa chute allait l’entrainer au fond de l’abîme bien plus tôt qu’il ne le pensait. Sophie essayait de rattraper Paul, mais Paul préférait s’accrochait aux brindilles qui papillonnaient autours de lui plutôt que de saisir la branche solide que Sophie lui tendait. Paul avait besoin de se sentir aimer et admirer de tous, c’est ainsi qu’il existait et Sophie le savait. Mais la situation commençait à devenir difficile. Paul perdait le contrôle de sa vie, et Sophie ne savait plus comment le rattraper.

Elle fit alors le choix le plus difficile de sa vie. Pour s’en sortir, Sophie devait choisir entre elle-même et son ami. En effet, dans cette histoire Sophie commençait à se perdre un peu. Elle voulut être ferme pour que son ami comprenne qu’il allait trop loin. « Je ne fais rien. Je ne dis plus rien. Il n’a pas besoin de moi. Mais il sait qu’une main restera tendue. Le jour où il voudra la saisir elle sera peut-être sèche et cassera sous le poids de sa connerie. »

Paul n’ignorait pas que Sophie était prête à tout pour lui, qu’elle serait toujours là pour lui. Sophie était sincère et entière en amitié. Elle voulait lui faire comprendre qu’elle n’était pas à sa disposition. Mais Paul ne la voyait plus. Aspiré dans le tourbillon de la vie, il se laissait aller au gré du courant. Il perdait pieds sans même s’en rendre vraiment compte. Sophie savait aujourd’hui qu’elle ne pourrait le rattraper. Elle savait que si il lui prenait la main, il l’entrainerait dans sa chute.

Même si elle ne voulait pas abandonner Paul, Sophie due se rendre à l’évidence. Paul tombait bien trop vite et bien trop bas pour elle. Leur chemin prenait des routes radicalement différentes et il était temps pour eux de se séparer. Sophie s’éloigna de Paul qui la laissa partir. Il la regardait de loin, prenait de ses nouvelles de temps en temps. Il finira par revenir, les turbulences passeront. Malgré tout ce qui s’était passé, les difficultés avaient mis à mal leur amitié mais ne l’avait pas brisé.

L’amitié c’est accepter l’autre avec ses qualités et ses défauts. La tolérance est le respect de l’autre. Ce sont les erreurs qui nous font avancer et grandir. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Paul et Sophie sortirent grandis de cette histoire. Il n’y avait pas d’amertume entre eux. Ils étaient l’un à côté de l’autre et avançaient ensemble malgré les courants. Il faut savoir s’éloigner parfois pour se rapprocher. Aujourd’hui, Sophie et Paul le savaient.

Politiquement incorrect

18 septembre, 2012

Une voix se fit entendre, une insulte puis un éclair. Le sifflement d’une balle, un corps qui s’écroule. En quelques secondes, tout venait de basculer.

Jo sentit alors tout son corps de raidir. Ses doigts étaient crispées, sa mâchoire restait bloqué ce qui la forçait à garder la bouche entrouverte. Son souffle était court, saccadé, elle suffoquait. Les larmes lui remplissaient les yeux. Elle aurait voulu crier mais le son restait imperceptible. Elle avait mal, chacune de ses respirations venaient lui bruler la poitrine. A bout de force, devant un tel spectacle, ses jambes se dérobèrent et elle put enfin se laisser aller dans son sanglot. Un cri effrayant et strident traversa la place. Le temps était arrêté, il n’y avait plus rien autours d’elle. Rien d’autre que sa douleur. Elle approcha sa main tremblante de sa fille, elle souleva la mèche de cheveux qui lui cachait le visage. Ses yeux étaient toujours ouverts, mais immensément vides. De sa bouche entrouverte, un filet de sang coulait. La mort était venue la surprendre. Une balle dans la poitrine aura suffi à la faire taire. Jo la prie dans ses bras en lui murmurant une berceuse à l’oreille. Sa fille, son bébé était étendu là devant elle. Elle la prie dans ses bras et la berça. Elle savait que cette chanson la rassurait. Elle l’aimait tant. La foule s’empressait, les badauds se bousculaient leur part du spectacle. Mais Jo ne les entendait pas. Les lumières dansaient maintenant autours d’elle. Deux hommes la prirent sous les bras pour la soulever, deux autres lui prirent sa fille pour la dernière fois. Dans l’ambulance, blottie dans une couverture de survie, Jo sombrait. Le médecin lui administra un sédatif, elle s’endormit enfin.

 

Joséphine Rolland était une femme au foyer sans histoire, son mari et elle avaient élevé leur fille Charlotte de leur mieux et étaient plutôt fier du résultat. Charlotte à seulement 32 ans, était déjà une journaliste reconnue qui ne se limitait plus à la rubrique des chiens écrasés. Sa spécialité à elle, c’était la politique. Tout ça la passionnait, la stimulait. Elle était très réfléchie et analysait rapidement les situations. Elle savait parler aux gens, elle les comprenait. Charlotte, dotée d’empathie, s’était parfois laisser berner par ses sentiments. Mais, pour autant, ce n’était pas le genre de fille à manquer de discernement. Un de ces défauts était peut-être d’être trop emportée.

Charlotte était une jeune fille fougueuse, pleine d’entrain. Elle pouvait soulever des montagnes quand une cause lui passait défendable. Charlotte prenait les choses à bras le corps et c’est cette force de caractère qui lui valait aujourd’hui d’être une journaliste reconnue de tous ses confrères.

La politique, pour une femme, est un milieu souvent semé d’embuches. Elles n’ont pas les épaules pour enfoncer les portes nécessaires à avancer, elles n’ont pas l’autorité naturelle de l’homme, elles n’ont pas le charisme de l’homme. Tous ces clichés, Charlotte les avaient déjà entendus mille fois. Pourtant, les femmes en politiques, leur main de fer dans un gant de velour, c’est ce qui avaient poussé Charlotte sur cette voie. Elle avait lors de ces études, basé son mémoire sur ce sujet.

C’est en cours d’histoire que Charlotte était tombée amoureuse de la politique. Elle trouvait que se battre pour des idées étaient une noble cause. Elle avait étudié l’histoire américaine et c’était laissé porter par l’histoire de Rosa Parks. Une femme qui se levait contre un pouvoir tyrannique envers elle et les siens. Rosa faisait partie de ces voix qui se font entendre sans faire de bruit. Charlotte se reconnaissait en elle. Malheureusement, Charlotte comprit bien vite qu’il n’existait pas de politique sans chasse aux sorcières et au pouvoir. L’argent menait le monde. Les magouilles, les détournements font parties des choses contre lesquelles Charlotte mène un combat quotidien.

Charlotte n’était pas une grande adepte de la délation, elle connaissait les conséquences abusives et dramatiques de ce genre de procéder. Mais, elle avait créé un blog où elle piégeait des hommes politiques. Elle conservait leur anonymat, mais souvent ces hommes étaient reconnaissables. Charlotte prenait des risques, elle le savait. Son site avait dû fermer à plusieurs reprises, elle avait reçu des lettres de représailles et des pots de vin pour la faire taire. Bien que Charlotte sache qu’elle n’était pas invincible, elle croyait encore en l’être humain. Et c’est dans l’espoir de conserver un zeste d’humanité qu’elle menait ses combats.

Malheureusement, il y a des affaires qu’il ne faut pas trop remuer. La vase est trop importante, le lac est trop profond pour en sortir tous les cadavres. Charlotte allait en connaître le prix. Charlotte était habituée à recevoir des menaces de morts, mais le jour où elle apprit cette histoire, elle sut que rien n’allait être comme avant. Charlotte avait découvert un réseau de prostitution organisé où plusieurs politiciens de sa région magouillaient. Ils aidaient au blanchissement de l’argent, leur influence politique permettait de protégé les délinquants pour lesquelles les filles travaillaient. Certaines avaient eu besoin de faux papiers qui leur avaient été fournis. Les crimes et délits étaient nombreux.

Charlotte et son blog étaient redoutés par ces hommes, et voir cette petite rousse aux yeux verts fourrer son nez partout ne leur plaisait guère. Elle avait rencontré une fille du réseau qui s’était réfugiée dans un centre pour femme. Charlotte était bénévole là-bas. Marvina ne s’était pas laissée facilement approcher. Quand elle est arrivée au centre, Marvina n’était plus que l’ombre d’elle-même. Apeurée, et certainement en crise de manque, elle avait été trouvé errant en pleine rue par une jeune femme bénévole de l’association.

Au fur et à mesure, les langues se sont déliées. Marvina portait sur son corps les séquelles de viols à répétition, certainement des viols collectifs. Elle avait des brûlures de cigarettes sur ces bras et sa poitrine, des traces de liens sur les poignets. Marvina revenait de loin, elle le savait. Charlotte avait beaucoup discuté avec elle. Elle avait appris ses conditions de détentions, la crainte que les filles pouvaient avoir à dénoncer leurs bourreaux à la police. Elles n’avaient aucune confiance en la justice des hommes.

Charlotte comprit au fur et mesure de leurs entretiens d’où venaient les craintes de ces jeunes filles. Marvina accepta de témoigner sur le blog de la journaliste. Elle expliqua les sévices qu’elle avait subis. Elle expliqua que des personnalités influentes venaient régulièrement leurs rendre visite. Il s’agissait là d’un échange de bon procédé. Aucun nom ne furent cités, mais ce témoignage déclencha les foudres des dirigeants politiques. Il fallut faire une enquête, des têtes sont tombées.

Charlotte ne voulait pas vivre comme une fugitive, elle tenait trop à se liberté. Aussi, bien que sous surveillance rapprochée, elle s’accordait le droit de marcher dans la rue, de profiter de sa vie malgré la peur qui la cisaillait. Ce matin-là, le petit éclair au bout de la rue elle le reconnut. Elle savait qu’il lui signalait sa mort. Une voix se fit entendre, une insulte puis un éclair. Le sifflement d’une balle, un corps qui s’écroule. En quelques secondes, tout venait de basculer.

essai sur la solitude

14 septembre, 2012

Dans les moments les plus difficiles, il est nécessaire d’être bien entouré. Pourtant, parfois, le silence d’une seule personne peut vous anéantir, vous plonger dans le chaos. Le son de sa voix suffisait à vous rassurer, le chant de son rire suffisait à vous faire sourire, tous ces petits riens qui font du bien. Le jour où le chant s’arrête, où vous n’entendez plus le son de sa voix, ce jour-là, le monde s’écroule autours de vous.

Le silence est alors l’arme la plus destructrice qu’il puisse exister. Le silence est l’ignorance qui vous rappelle que vous n’existez plus alors que lui est tout pour vous. L’écho de votre voix, de vos cris, de vos sanglots sont vos seules réponses dans la nuit glacée où vous vous perdez. Le silence vous oppresse, vous percute tel un poignard bien affûté. Il vous laisse sans souffle, sans voix. Le silence vous rappelle que vous êtes seul. Ils sont là, tout autours, ces pantins animés pour vous montrer que vous vivez votre petite mort, sans bruit, tout bascule, une lourde page que vous ne parvenez pas à tourner. Et son silence qui vous empoisonne, vous emprisonne dans votre solitude. Vous vous sentez seuls dans la grande marée humaine et vous savez que bientôt votre psy pourra s’offrir le cottage qu’il convoitait tant grâce à vous. Pourtant, malgré tout, bien que vous connaissiez par cœur les règles du jeu, vous vous jetez dans la fosse au lion à cœur perdu.

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ».

Comme cette phrase sonne juste en ce matin d’automne. Le ciel est bas, les arbres pleurent leurs feuilles pour couvrir le sol d’un tapis orangé qui feutrera vos pas. Les oiseaux ne chantent plus. La nature se ralentit pour laisser place au silence. Sélène se réveille doucement après une soirée bien agitée. Elle n’a que trop peu dormi. Les images lui reviennent, l’enchaînement de la soirée et ce garçon qu’elle a rencontré. Il hante ses nuits depuis qu’elle l’a vu. Une complicité s’était installée entre eux, le rapport charnel les rapprochait beaucoup. Leurs corps étaient fait pour s’entendre, et quand ils se voyaient, ils ne pouvaient s’empêcher de se toucher, se sentir, se goûter. Ils laissaient toujours l’alchimie de leurs deux êtres s’exprimer, et ils faisaient ça si bien.

Pourtant, depuis quelques temps, son tendre éphèbe était devenu muet. Il allait toujours par monts et par vaux. Ils ne s’étaient  rien promis mais Sélène n’avait pu s’empêcher de s’attacher à lui. Pas seulement parce qu’il était un bon amant, mais parce que c’était un homme auquel on s’attache.

Rigel est un garçon rassurant et protecteur, il est tendre, drôle, intéressant. Il n’est pas cultivé mais il est curieux de tout et s’abreuve de toutes les connaissances que les gens peuvent lui apporter. Il est jovial, prévenant, avenant, sociable. Rigel est homme aimé de tous et surtout de toutes. Il ne passe pas inaperçu, il aime séduire, charmer. Sa démarche est assuré, il n’est pas beau pourtant les femmes ne peuvent détourner leur regard de lui. Il a ce magnétisme que peu d’homme ont. Tout semble si naturel pour lui. Comme si il ignorait le don que la nature lui avait fait, ce qui accentuait son charme bien davantage.

Les talents d’orateur de son amant et l’aisance avec laquelle il s’exprime auprès des femmes avait eu raison de Sélène. Elle avait bâti une forteresse autour d’elle qui s’était embrasée en un regard, un sourire. Elle ne pouvait l’expliquer. Elle ne comprit que trop ce que signifiait une de ses citations préférés de Montaigne : « Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant: « Parce que c’était lui, parce que c’était moi « . » Il y a des choses simples qui, pour elle, ne le sont pas. Il fallait toujours qu’elle tombe lorsqu’elle était amoureuse. Les marches du bonheur étaient-elles si hautes pour qu’elle ne puisse s’empêcher de trébucher ?

Sélène est une jeune femme douce et mystérieuse. Souvent, sur son visage, se lit ce genre de sourire imperceptible qui fascine. Ses yeux sont si bleus qu’ils semblent transparents, à l’image de sa peau si pâle. Ses cheveux blonds et bouclés lui tombent sur les épaules de manière angélique. Sélène semble tout droit sortie d’un de ces vitraux que l’on trouve dans les églises. Rigel allait être l’iconoclaste qui causerait sa perte. Mais nul ne pouvait s’en douter au moment de leur rencontre. Lui si brillant, si scintillant, elle si pétillante et heureuse. Son sourire laissait apparaitre ses dents tel un collier de perles qui ornait ses lèvres rouges et pulpeuses. Sélène croquait la vie à pleine dent. Elle était apparue à Rigel tel un éclair qu’il voulait attraper. Mais les éclairs ne durent jamais longtemps. Rigel avait soif de nouveauté et de jeunesse, c’était sa fontaine de jouvence à lui. Sélène n’avait été qu’une pièce de plus. Une pièce qui avait compté un moment mais qui avait perdu de son éclat.

En effet, ce matin, si Sélène restait douce et mystérieuse, son sourire avait disparu. Les larmes avaient creusés ses joues. Ses yeux étaient rouges et cernés. Sélène n’avait plus la lumière d’un ange. Sélène était éteinte et épuisée, épuisée de lutter contre le vent, contre des chimères qu’elle s’était sans doute elle-même inventé.

Pourtant, son cœur kamikaze battait à tout rompre pour celui qu’il avait choisi. Il battait jusqu’à exploser au visage de cet être qu’il aimait tant pour dégouliner de son amour à sens unique sur cet amant cet homme dont Sélène voulait oublier le nom.

Le rire, l’autodérision sont les meilleurs masques de la tristesse et Sélène le maniait devant ses amis à la perfection. Ses yeux la trahissaient parfois. Mais cela ne durait jamais longtemps. Sélène n’est pas si forte que ça. Ses insomnies à répétions eurent raison de sa fraicheur, de son éclat. Elle s’était approché trop près du soleil et avait pris le risque de s’y brûler les ailes.

Mais ce matin, le silence pèse sur elle. Elle se raccroche à ses souvenirs, à ces phrases qui résonnent encore dans sa tête. Mais ces leurres ne lui suffisent plus. Chacun de ses gestes sont devenus lents et lourds. Cet air mélancolique et fragile lui va bien. Sélène se regarde disparaitre dans le miroir. Son visage s’est creusé, son décolleté aussi, de ses longs doigts elle touche ses os à travers sa peau si fine. Sa silhouette amaigrie n’est pas effrayante. Mais son corps de femme n’est plus. Comme si elle pouvait alors replonger éternellement dans l’enfance. Sélène n’a jamais cessé de croire en son étoile. Mais elle ne pouvait s’empêcher de douter, d’elle, de ceux qui l’entouraient. Elle se croyait oubliée du bonheur alors elle se raccrochait au moindre petit morceau de bonheur qu’on lui laissait à ronger.

C’est ce qu’elle avait fait avec Rigel, la moindre attention, le moindre geste, le moindre regard posé sur elle lui apparaissait comme un cadeau. Mais aujourd’hui, son silence l’achève à petit feu. Un simple sourire, un simple bonjour lui aurait suffi. Mais quoi qu’elle fasse, il restait muet. Chacun de ses silences la martèlent un peu plus, elle se sent seule, incomprise. Ses amis la soutiennent autant qu’il le peuvent mais Sélène est trop loin.

Le soleil commence à se lever. Il fait face à la lune qui telle une peau de chagrin se rétrécit. Sélène n’a pratiquement pas fermé l’œil de la nuit. Elle peut maintenant aller se coucher, sereine. Elle prend ses somnifères. Ses gestes sont mécaniques. Elle porte une à une les pillules à sa bouche. Elle n’a plus peur. Ses paupières gonflées et rougies s’alourdissent. Au rayon du soleil, Sélène s’endort, paisible, son sourire imperceptible au coin des lèvres.

La rencontre

11 octobre, 2011

Il suffit de pas grand chose parfois pour commencer une histoire, quelques mots sur un morceau de papier. Après, c’est à nous de voir comment nous voulons l’alimenter pour que cela devienne une nouvelle, un roman, parfois simplement une lettre ou un mot d’adieu, d’autre fois une sitcom digne des meilleures séries B. Il suffit de quelques mots sur un papier pour que tout commence, pour que tout s’arrête. Ce jour-là il s’était dit qu’un numéro serait un bon début.

Toute la soirée, les regards que nous avions échangés laissaient entrevoir que nous n‘étions pas indifférents l‘un à l‘autre. Je ne sais pas si c’est notre timidité respective qui nous empêchait d’aller plus loin, toujours est-il que la fin se faisait sentir et que nous en étions toujours au même point, l’esquisse d’un sourire, des yeux qui se baissent, nous nous plaisions. Je sens sa main sur mon bras, je me retourne. Il a un papier chiffonné au creux de sa main, il me le fait passer et me murmure « Appelle-moi » au creux de l’oreille. Machinalement je le prends son bout de papier, foutu bout de papier.
« CYRIL 0608070905, j’aimerai tant mettre une voix sur ce charmant sourire. »
C’est mignon comme procédé, personne ne m’avait encore fait ce coup-là. Je glisse le papier dans ma poche. Les lumières du bar se rallument. Ça va fermer. Mes amies et moi récupérons nos affaires et sortons. Je respire l’air frais, le ciel orangé annonce la levée du jour. Je sors une cigarette, l’allume et tire une longue taffe. En soufflant, je sens mon corps se détendre et mes yeux s ‘alourdirent. Je monte dans la voiture. Je suis fatiguée et bien trop alcoolisée pour réfléchir. Les filles parlent de la soirée, des jolis garçons et des minots de 18 ans qui voulaient à tout prix leur payer un verre. Il faut qu’on s’arrête je vais vomir.
« Manon, qu’est-ce tu fous? Tu as attendu trente piges pour te taper ta première cuite. Attends ma belle je vais t’aider.
_ Ça va, je dis. En fait, on peut repartir. J’avais besoin d’un peu d’air. »
La voiture s’arrête de nouveau, je descends de la voiture pour rentrer dans l’immeuble. Mais qu’est-ce que j’ai fait de mon badge. Ce foutu sac est trop grand, faut que je fasse un tri pour arrêter de galérer. Mais oui, je l’avais rangé dans la petite poche pour ne pas avoir à le chercher. Encore cinq étages à monter, mes clés à trouver, la tête me tourne. J’arrive enfin à dans mon appart, je claque la porte, me déshabille dans le couloir avant de me coucher. La douche ce sera pour demain, je suis trop épuisée pour ce soir. La douceur des draps me pousse rapidement dans les bras de Morphée.
Le lendemain matin, à mon réveil, j’ai la bouche pâteuse d’après soirée qui me fait dire que j’ai encore du trop boire, trop fumer. Pourtant machinalement, je prends une clope dans le paquet sur la table de nuit. J’ai encore du mal à ouvrir les yeux, foutu mal de crane. Je cherche mon briquet, il doit être dans ma poche. Et là, mes doigts effleurent un morceau de papier. C’est celui que Cyril m’avait donné. C’est vrai qu’il était mignon ce mec. Je récupère ce que j’étais venue chercher, j’allume ma cigarette. Je jette un coup d’œil au papier, le prend et joue avec entre mes doigts. Je repense à ses yeux. C’était un appel au sexe ce mec. Tu sais, ce regard qui te dit, j’ai envie de toi là maintenant tout de suite. Je prends mon téléphone. Je n’ose pas appeler. Je suis conne, si je n’appelle pas je vais regretter, ça c’est sûr. Ma respiration s’accélère, mon esprit se brouille. Oh puis merde, faut bien que je me lance et que j’arrête mes gamineries. Répondeur. Tant mieux, je n’avais pas trop envie de lui parler finalement.
« Salut c’est Manon, la fille du Macumba. Ben voilà tu m’as laissé ton numéro en me demandant d’appeler, ce que j’ai fait. Je pense que tu dois dormir. Je te laisse, à plus. Au fait, mon numéro 0670809010. Voilà, j’espère que tu as eu le temps de noter. »
Foutue machine. Je déteste parler aux répondeurs. Personne qui répond, personne à qui réellement parler. Et puis on a toujours l’air un peu bête. J’aurai dû attendre un peu, avec la voix rauque que me donne la cigarette au réveil je ne suis pas certaine qu’il pensera que je suis une fille. Je m’en fous. J’arrête de me prendre la tête pour des conneries. J’ai trente ans merde, j’ai passé l’âge des gamineries. Remarque, laisser son numéro sur un papier sans même qu’on se soit échanger un mot ce n’est pas ce qu’il y a de plus mature. Bon, ce coup-ci je file sous la douche.
Le miroir au-dessus du lavabo me fait dire que finalement j’aurais dû rester coucher encore un peu. Je n’ai même pas pris le temps de me démaquiller hier soir, j’ai des poches sous les yeux, je suis affreuse. Je me déshabille et saute sous la douche. Comme à son habitude, le chauffe-eau déconne. J’ai le droit à une douche écossaise. Remarque ça réveille le matin, je m’ébouillante aussi un peu. Ca y est, j’ai réussi à réglé la bonne température. Je reste un quart d’heure sous l’eau pour me détendre un peu. L’onctuosité de la mousse, la bonne odeur du gel douche me mettent de bonne humeur. J’éteins les robinets en finissant pas l’eau froide pour raffermir la peau parait-il. Pour choper la mort oui!
Ma toute petite salle de bain est devenue pour temps aussi trouble qu’un sauna. Je passe ma main sur le miroir pour le désembuer un peu. Je me démaquille, pour me remaquiller. Pas très commode je vous l’accorde mais bon, il faut ce qu’il faut. Le téléphone sonne. C’est toujours dans ces moments-là que les gens décident de vous rappeler. Je sors non sans éviter une chute de justesse en glissant sur le carrelage avec les pieds mouillés.
« Oui qu’est-ce qu’il y a?
_ Euh… Manon?
_ Oui.
_ C’est Cyril. »
Merde, je l’avais oublié celui-là. Je me racle la gorge pour adoucir un peu ma voix.
« _ Oh, Cyril, tu vas bien.
_ Super. Je me demandais si tu voulais venir boire un café en ville.
_ Pas de soucis.
_ Dans une heure et demi au Jones.
_ OK. »
Je raccroche. Ça y est, le rendez-vous était fixé. Bon, pour le maquillage il va falloir faire mieux que ça parce que là tu n’es vraiment pas très fraîche. Opération séduction, attention les yeux!!

Le Jones est surement le café le plus branché de la ville. Je balaye la salle des yeux, je le vois. Il est assis au fond de la salle, un café devant lui. Il a un tee-shirt à manche longue, gris, qui lui moule le corps. Je jette un coup d’œil à mon reflet. Un chignon ébouriffé, un pull à col échancré et un pantalon noir soutenu par une paire de bottes. Féminine et sexy, sans en avoir l’air, ça me plait. Je me décide. Je m’approche, il ne m’a pas encore remarquée, j’ai l’impression qu’il est un peu fatigué lui aussi. Ca y est, il m’a vu, il se lève s’approche de moi:
« Hey, tu vas bien, j’avais peur que tu ne viennes pas.
_ Moi aussi j’ai eu peur de ne pas venir. »
Je laisse échapper un petit rire nerveux, comme pour qu’il comprenne qu’il s’agissait là d’une brève d’humour. Il sourit. Il a vraiment beaucoup de charme. Nous discutons un bon moment tous les deux. Nous parlons de tout, de rien, de nous. Au bout de deux heures et demi de discussion, nous avons l’impression de nous connaitre depuis toujours.
« Si ça te dit, on peut poursuivre cette discussion autour d’un repas, je connais un resto sympa…
_ Bien sûr.
_ Super. Et bien, en route. »

L’amour, la vie

1 octobre, 2011

Le soleil était levé depuis peu, je te regardais les yeux encore un peu brumeux. Je caressais tes cheveux, ton visage, ta bouche. Tes lèvres si sensuelles que j’aime embrasser. Je ne pensais plus à rien. Je passais ces quelques secondes à graver en moi ton visage. Un sourire un brin naïf se lisait sur mon visage. J’ai aimé cette nuit. Tes mains délicates parcourant mon corps, qui ont su se faire ferme quand il le fallait. Ce n’était pas si mal pour une première fois, pour la découverte de nos corps imparfaits qui ont su se parfaire l’un en l’autre. Je me sens bien, reposée malgré une nuit quelque peu agitée. Je ne voulais pas mais maintenant, en écrivant ces lignes, je ne peux m’empêcher de penser. Penser à la situation qui se veut compliquée, en apparence du moins.
Je me remémore nos discussions, ses phrases sans importances que tu as dites et qui résonnent encore en moi. Ces phrases qui me troublent et me perdent. Ces phrases qui me laissent croire que ce ne sera pas que pour les vacances. Mais la réalité me rattrape. Et l’issue est toujours la même, dans chacun des scénarii que j’imagine. Il ne faut pas que ça se sache, juste profiter du moment présent pour ne tirer que le meilleur de la situation. Alors c’est ce que j’essaie de faire. Ça ne m’empêchera pas de penser, ça ne fait pas mal de penser de temps en temps.
Puis, je crois que j’aime m’échapper au creux de mon imagination. Pour ne pas salir la situation, je préfère l’enjoliver et y cacher quelques sentiments. Les cacher profondément, au fond de mes yeux, eux seuls pourraient me trahir pour celui qui sait les regarder. Il n’y a rien à traduire, il suffit juste de lire. Le regard est un langage qui ne ment pas, comme le corps et nos gestes qui nous mettent à nus. Maladroitement nous essayons de les cacher, mais la vérité est éclatante à celui qui veut le voir.
Pourtant, il arrive qu’il vaille mieux fermer les yeux pour se laisser bercer par l’illusion du moment. Ce n’est pas se mentir, non, juste créer de la magie en cet instant. C’est plus romantique. Même si elle nous rattrape toujours, il n’est pas mauvais de fuir la réalité un court instant. En cet instant précis, je pense à toi et tu me manques. À moins que ce ne soit que ces instants de tendresses et d’intimités qui me manques. Bien sûr, dans le fond, je sais très bien ce qui me manque le plus. Mais le manque, le désir, la frustration font grandir. Une fois le désir assouvi, il disparait.
Il parait que le plaisir est dans l’attente. Ce n’est pas entièrement faux. Fantasmer ton retour me plait. Je m’impatiente de te revoir, pas seulement pour le côté charnel, parce que j’aime passer du temps avec toi ? J’aime te sentir près de moi. J’aime le son de ta voix et bien d’autres choses encore. Mais ça non plus, il ne faut pas que ça se sache. Le mystère est nécessaire, ne pas trop se dévoiler permet de se protéger aussi. Enfin… il parait.
Deux jours entiers à t’attendre et te voilà de nouveau près de moi. La chaleur au fond de ma poitrine brûle tout mon corps. Je ne peux plus me cacher derrière mes barrières et mon blindage. Je suis amoureuse. Amoureuse d’un homme merveilleux. Il est là, à mes côtés, sans que je lui parle il me comprend. Il devance mes moindres désirs et en un regard je connais les siens. Il est l’âme soeur, mon ami, mon amant, mon mari, mon dieu.
Il y a des hauts et des bas bien sur mais il y a des choses qui ne trompent pas. Je ne sais pas si tout est écrit. Il parait qu’il existe un coeur pour chaque être. Aujourd’hui, nous nous sommes trouvés. Je souhaite à tous les gens qui liront ces lignes de trouver ce même bonheur, ce même amour à l’unisson. Des cris, des pleurs, de joie et de malheur. L’amour… LA VIE.

Une soirée extra… ordinaire

20 septembre, 2011

La rue était animée à cette heure de la journée. Ils ne se regardaient pas, plongés dans leurs pensées, dans leur quotidien, en apnée, les passants se pressaient les uns contre les autres pour rentrer chez eux. Il était là, au milieu d’eux, marchant d’un pas décidé, un casque sur les oreilles, il naviguait en évitant les quelques icebergs qui venaient croiser son chemin. Les mains au fond de ses poches pour se réchauffer, les yeux plissés et les épaules voutées sous le poids du vent qui venait lui fouetter le visage, il était là. Anonyme parmi la foule, ordinaire, personne ne le remarquait. Les pantins trop agités, mimant chacune de leurs phrases par de grands gestes, et contant chacune de leurs mésaventures d’une voix tonitruante qui venait le chasser de sa rêverie ; ceux-là, il les avait en horreur. Lui était simple et humble, il aimait la vie et ses surprises à chaque coin de rue, il aimait provoquer sa chance et était le seul acteur de sa vie. Il était fier de cette autonomie, de cette liberté. Il aimait les gens, les lieux et étaient curieux de tout. Le regard brillant et vif, il s’enjouait d’un rien. Il aimait rire, et par-dessus tout, il aimait vivre.

Le vent soufflait de plus belle. Il se hasarda à sortir les mains de ses poches pour remonter le col de son blouson. Son écharpe ne suffisait plus. Il regretta amèrement ce geste. Il avait oublié ses gants ce matin, il sentait alors le froid lui glacer le bout des doigts. Il regarda ses mains, robustes et carrées, elles commençaient déjà à rougir. Sa peau était sèche par endroits et le tiraillait. Il se frotta les mains, et les plongea au fond de ses poches avec délectation. Son col venait frotter son menton et sa barbe mal rasée et drue commençait à le chauffer. Il n’aimait pas avoir froid, l’hiver était long et rude cette année et il se demandait si il n’allait jamais finir. Il était temps qu’il rentre chez lui. Il était tout près. Au bout de la rue, la porte d’entrée, le digicode et enfin la délivrance. Plus que quelques marches, il ouvrit la porte, jeta ses affaires sur le bar de sa cuisine américaine équipée, et se laissa tomber dans le canapé. Il ferma les yeux, inspira profondément en se laissant envahir par le calme de son appartement. Après ce court repos, il ôta son pull, son polo, et se dirigea vers la salle de bain. Il tourna le robinet d’eau chaude à fond avant de finir de se déshabiller.

Face au mur, il s’appuyait d’une main contre la paroi carrelée de la douche. De l’autre main, la tête baissée, il se massait la nuque pour se détendre enfin. L’eau brulante coulait sur ses larges épaules. Ses muscles, encore endoloris de l’entrainement, s’apaisaient sous la pression du jet d’eau. Il était bien, il ne pensait plus à rien. Il avait tout donné tout à l’heure sur le terrain. Il était comme ça, il ne faisait pas semblant, sans demi-mesure. Il fallait qu’il sente son corps meurtri pour se sentir vivant. Quand leurs corps s’entrechoquaient pendant les matchs, il serrait les dents mais ne lâchait rien. Il passa la main sur sa clavicule et sourit en se souvenant d’un match un peu tourmenté. Il avait perdu connaissance quelques minutes et s’était retrouvé au vestiaire, blessé. Il voulait retourner sur le terrain pour les avoir mais la tête lui tournait et la douleur cette fois-ci était trop forte. Il l’avait pourtant vu arriver le mec en face, près de deux mètres, une armoire à glace. Mais il ne se laissait pas déstabiliser si facilement, il en avait maté des plus coriaces. Mais celui-ci eut raison de lui et de son épaule. Deux mois d’immobilisation, bien que déçu de ne pas avoir pu jouer la fin de la saison mais il était satisfait.

Le téléphone sonna. Il éteignit l’eau, prit une serviette au vol, jeta un regard furtif vers le miroir embué et répondit. C’était un de ses amis qui lui proposait d’aller boire un verre en ville. Il ne savait pas trop quoi répondre mais c’était tout de même laisser tenter. Il avait de nouveau affronté le froid mais le vent s’était calmé. Le froid était sec, c’était plus facile pour se réchauffer. Il arriva à hauteur du bar, poussa la porte et s’installa à une table en attendant son ami. Il y avait peu de monde ce soir. C’était pourtant un endroit assez fréquenté. Il faut croire que le temps, peu clément, n’avait pas échauffé les fêtards. Son regard se posa alors sur une jeune fille, dans le fond de la salle. La lueur des bougies sur la table lui éclairait le visage de manière angélique. Elle lisait un livre en lapant quelques gorgées de bière de temps en temps. Elle n’était pas jolie mais un charme fou se dégager d’elle. Ses cheveux blonds mal coiffés illuminaient son visage. Elle avait l’air si calme, comme si rien ne se passait autours d’elle. Un ange, avait-il pensé. Son ami venait d’arriver, d’une tape amicale sur l’épaule il le sortit de ses pensées.

Ils avaient discuté de tout et de rien, du temps qu’il fait pour ne pas penser au temps qui passe. Il avait entendu cette phrase dans un film et il l’aimait. Le temps passait, et il ne comprenait que trop ce que cette phrase signifiait. Il avait été distrait ce soir-là, évasif. Il ne parvenait pas à se concentrer sur la conversation. Ses yeux n’arrivaient pas à quitter le chérubin de la table du fond. Il la regardait, la détaillait, la photographiait pour en garder le plus pur des souvenirs. Elle avait un long gilet en grosse maille vert kaki, un jean et des bottes fourrées beige claires. Elle devait avoir vingt-cinq ans tout au plus. Elle avait la peau claire et des gestes délicats. Elle semblait si douce, si chétive. Elle l’intriguait. Il voulait la connaitre, savoir son nom, si elle travaillait ou était encore en étude. Elle releva enfin la tête pour sortir de son livre. Elle avait terminé son verre. Elle rangea ses affaires, sans se presser. Chacun de ses gestes semblaient être faits au ralenti. A cet instant, il voulut que le temps s’arrête. Elle se leva, elle n’était pas très grande, elle s’enveloppa dans une grosse écharpe rouge et s’avança vers la sortie. Elle le regarda dans les yeux, lui sourit, poussa la porte et disparut dans la nuit.

Prétextant la fatigue, il avait écourté la soirée. En sortant, il se demanda de quel côté elle était allée, à quel chemin elle avait tourné. Il eut quelques difficultés à trouver le sommeil ce soir-là. Il pensait à elle, se remémorait la soirée encore et encore. Il ne comprenait pas pourquoi cette petite sourie de bibliothèque le hantait comme ça. Il avait rencontré des filles bien plus belles, bien plus classes qu’elle. Mais en la voyant, il l’avait désirée. Sa peau devait être satinée, sentir bon le gâteau. Il la trouvait sucrée, une fille si douce ne pouvait être ni aigre ni amère. Il l’imagina institutrice, elle devait travailler en maternelle. Pour lire un si gros livre que celui qu’elle avait au bar, elle devait être très patiente. Il finit par s’endormir non sans s’être retourné bon nombre de fois dans son lit. Enroulé dans sa couette comme un rouleau de printemps molletonné, ses yeux s’étaient fermés. Dans un soupir, il s’était endormi en regrettant de ne pas lui avoir parlé, de ne pas s’être levé pour lui demander ne serait-ce que son nom. Mais il n’était pas du genre à regretter et à regarder en arrière. Il ne l’a jamais revue. Il y a pensé quelques jours encore, le sourire aux lèvres mais a fini par l’oublier.

:)

20 septembre, 2011

Ce que j’aime chez toi ?
Tes yeux, ton regard profond et pénétrant qui me déstabilise si souvent. Ta bouche, sensuelle et gourmande, semblable à un coussin satiné sur lequel j’aimerai déposer un baiser sucré. Tes cheveux en bataille, cette jungle où je voudrais plonger mes doigts. Tes fossettes, ces parenthèses qui s’ouvrent pour héberger tes maux. Tes mains, délicates et robustes à la fois ; ces mains qui caressent, qui protègent. Tes pieds, la douceur de ta peau à cet endroit si intime, qui te représente Toi. Avec tes pieds sur terre, ton équilibre, tes paroles en l’air qui me font rire. Ton sourire d’enfant lorsque tu demandes quelque chose ou t’amuses d’un rien. Ta voix, posée et juste, qui résonne en moi comme la mélodie du bonheur. Tes sourcils froncés, lorsque tu t’entêtes et fonce tête baissée dans un argumentaire d’un seul mot qui prouvera que tu avais mille fois raison. Tous ces petits riens qui font de toi ce que tu es.
Tu trouveras sans doute que je suis folle d’avoir écrit ces quelques mots ou que j’ai eu tort et tu auras sans doute raison. Mais il n’y a pas de raison sans folie ni de folie sans raison(s).

19 septembre, 2011

18h55 : Ca y est. L’avion a décollé et nous voilà partis à destination de Paris non sans péripétie. Tout d’abord, le vol initialement prévu à 17h50 a du retard, l’appareil étant toujours à Paris. Quelques minutes plus tard, nous apprenons que nous embarquerons à 18h pour décoller à 18h30, finalement le retard indéfini se transforme en 40 minutes de retard à mon plus grand bonheur ; encore mieux que la SNCF.
Nous sommes appelés en porte 26, or, le commandant de bord s’est trompé en se garant. Nous voilà donc parti de l’autre côté de l’aéroport en porte 31. Nouveau problème. En effet, ce côté-ci de l’aéroport ne concerne que les vols internationaux notre avion ne peut stationner ici. Après quelques secondes interminables, nous voilà reparti en port 26 pour enfin embarquer. Le plein de gazoline achevé, une petite montée d’adrénaline quand l’appareil se met marche se fait sentir. Une centaine de passager s’envoie en l’air grâce un seul homme. Quel progrès la technologie aéronautique.
Je regarde par le hublot. Nous sommes au-dessus de la ville, au dessus des nuages. Je me demande où est la maison et si je verrais maman se baigner dans la piscine. Je me dis qu’il serait dommage de croiser la route d’un pigeon à ce moment précis, entrain de monter dans le ciel. Il fait beau à Paris, il fait 24°, arrivée prévue à 19h30. Je suis tellement excitée. C’est nuageux mais pas trop. J’ai l’impression qu’il y a plein de petits morceaux de coton hydrophile oubliés sur la maquette d’un vallon. Le sol est ballonné mais pas trop contrairement à moi qui me demande si ce n’est pas l’altitude qui me donne des gaz internes. Mais je suis une fille et cela ne se fait pas. Je n’ai aucune flatulence (jamais), je n’éructe pas (jamais), je n’ai pas de vessie ce qui me permet de ne pas avoir envie d’uriner (jamais) et surtout je ne vais jamais à la selle (JAMAIS). Malheureusement, je me sais vouée à une éternelle occlusion intestinale.
Petite barre de stress passée, je peux me décontracter et m’adonner au plaisir en plein air en admirant le paysage. Je cherche celui qui vit là au milieu des nuages, celui qu’on appelle Dieu. Il faut croire qu’il est en déplacement en ce moment ou qu’il a horreur d’être dérangé car je ne le vois jamais. Enfin si un jour je le croise je lui dirais qu’on a besoin de lui, là, en bas ou de son fils pour un de ces miracles.
Je suis au dessus d’un lac de coton, semblable un peu à la neige poudreuse qui nous donne envie de sauter dedans. Je comprends aujourd’hui quelle jouissance on peut éprouver à s’envoyer en l’air. Plus personne n’existe, je suis seule avec moi-même et mes pensées qui défilent. L’avion se stabilise, nous avons cessé de monter pour commencer à redescendre. Dans ¼ d’heure me revoici parisienne. On ne le dira jamais assez, merci monsieur Lagardère.